Il n’existe pas d’inventeur unique du code de la route, c’est plutôt le résultat d’une évolution réglementaire étalée sur plus d’un siècle. Le nom le plus souvent associé à sa naissance est celui de Jules Perrigot, avocat et ingénieur, qui rédige en 1904 un premier « code de la route » privé de 10 articles, comprenant déjà la fameuse règle de priorité à droite, adopté par plusieurs associations d’automobilistes dès 1905. Mais c’est le décret du 27 mai 1921, signé par le ministre des Travaux publics Yves Le Trocquer, qui donne officiellement naissance au premier Code de la route national et légal en France.
En quatorze ans à transmettre les règles de ce même code à mes élèves à Lyon, je me suis souvent demandé, moi aussi, d’où venaient réellement ces règles qu’on enseigne aujourd’hui presque comme des évidences. La réponse est plus riche qu’un simple nom propre : c’est une histoire de tragédies routières, d’associations d’automobilistes bien organisées, et de fonctionnaires méthodiques qui ont progressivement construit, texte après texte, ce que nous connaissons aujourd’hui. Voyons ensemble cette histoire, étape par étape.
| Date clé | Événement |
|---|---|
| 📜1851 | Loi sur la police du roulage, premier texte fondateur de la circulation en France |
| 🪪1893 | Ordonnance de Louis Lépine, ancêtre du permis de conduire à Paris |
| 📝1904 | Code privé de Jules Perrigot, 10 articles dont la priorité à droite |
| ⚖️27 mai 1921 | Décret officiel, naissance légale du premier Code de la route national |
| 🎫1922 | Permis rose, remplace l’ancien certificat de conduite |
| ✅1957 | Examen du code devient obligatoire pour obtenir le permis |
Entrons dans le détail de cette histoire, en commençant par ce personnage souvent présenté, à tort ou à raison, comme le véritable inventeur du code de la route.
Qui est Jules Perrigot, souvent présenté comme l’inventeur du code de la route ?
Jules Perrigot, avocat, ingénieur des brevets d’inventions et président de l’Automobile Club Vosgien, rédige en 1904 un règlement de bonne conduite en automobile qui deviendra, en quelque sorte, le tout premier « code de la route » français, bien qu’il ne s’agisse à l’origine que d’un texte privé, sans valeur légale nationale. Ce document, composé de seulement 5 pages et 10 articles, contenait déjà des principes fondamentaux encore appliqués aujourd’hui, notamment la fameuse règle de priorité à droite aux intersections.
Ce texte, validé par l’Automobile Club de France en février 1905, fut distribué à ses adhérents et rapidement adopté par plusieurs associations françaises et belges d’automobilistes, bien avant qu’aucun gouvernement ne légifère formellement sur le sujet à l’échelle nationale. C’est cette antériorité, et l’influence directe de ses règles sur les textes officiels qui suivront, qui vaut à Jules Perrigot d’être régulièrement crédité, dans la mémoire collective, comme le véritable inventeur du code de la route, même si son texte n’avait à l’époque aucune portée légale contraignante.
Ce travail précurseur, aussi influent soit-il, restait un texte privé sans force de loi. Voyons maintenant quand le code de la route est réellement devenu un texte officiel et national.

Quelle est la date officielle de naissance du code de la route en France ?
La date retenue par l’État français lui-même, celle qui a d’ailleurs été célébrée pour son centenaire en 2021, est le 27 mai 1921. Ce jour-là paraît le décret « concernant la réglementation de l’usage des voies ouvertes à la circulation publique », rédigé par le ministre des Travaux publics Yves Le Trocquer à partir des travaux d’une commission nationale créée en 1909, elle-même largement inspirée des textes antérieurs, y compris celui de Jules Perrigot.
Ce décret de 1921, complété par une circulaire d’application publiée trois jours plus tard, le 30 mai 1921, constitue le tout premier corpus réglementaire national unifié régissant la circulation en France. C’est ce texte qui valide définitivement, entre autres, la circulation à droite sur l’ensemble du territoire, sans toutefois imposer de limitation de vitesse générale, les conducteurs devant simplement « rester maîtres de leur vitesse », une formulation qui semble presque étonnamment permissive avec le recul.
Ce décret fondateur de 1921 n’est cependant pas apparu du jour au lendemain, sans aucun antécédent réglementaire. Voyons ce qui existait déjà, bien avant même l’apparition de l’automobile.
Quelles règles existaient avant même l’apparition de l’automobile ?
Contrairement à une idée reçue, la nécessité de réglementer la circulation ne date pas de l’invention du moteur à explosion. Dès 1804, Napoléon Bonaparte rend obligatoire la circulation à droite de la chaussée, une règle qui ne s’appliquait auparavant qu’à Paris. La loi du 30 mai 1851 sur la « police du roulage et des messageries publiques » constitue ensuite l’un des textes fondateurs les plus durables de l’histoire routière française, servant de base juridique à la circulation pendant plus d’un siècle, puisqu’elle ne sera abrogée qu’en 1958.
C’est avec l’essor des premiers véhicules à moteur, apparus vers 1885-1886, que les choses s’accélèrent réellement. Dès 1893, l’ordonnance de Louis Lépine, préfet de police de Paris, impose un « certificat de capacité » pour le département de la Seine, ancêtre direct du permis de conduire moderne, accompagné la même année d’une première limitation de vitesse fixée à 12 km/h dans Paris et 20 km/h en dehors. Le décret national du 10 mars 1899 étend ensuite cette logique de réglementation à l’ensemble du territoire pour les véhicules à vapeur ou à moteur.
Au-delà des textes de loi eux-mêmes, plusieurs éléments emblématiques de la sécurité routière moderne ont également vu le jour durant cette période charnière :
- les premiers panneaux de signalisation français apparaissent au début du XXe siècle sur la route reliant Paris à Trouville-sur-Mer, annonçant croisement, virage, passage à niveau et cassis,
- la première numérotation obligatoire des véhicules capables de dépasser 30 km/h est instaurée en 1901,
- le certificat d’immatriculation, ancêtre de la carte grise moderne, apparaît dès 1896, vérifié par un ingénieur du service des Mines, d’où l’expression encore utilisée aujourd’hui de « plaque minéralogique »,
- la tragique course Paris-Madrid de 1903, stoppée en urgence après plusieurs morts, déclenche un vrai débat national sur la sécurité routière, débouchant sur la création de la commission nationale de 1909.
Cette effervescence réglementaire française n’était d’ailleurs pas isolée : d’autres figures, à l’international, travaillaient au même moment sur des problématiques très similaires.
Qui est William Phelps Eno, le « père de la sécurité routière » ?
L’Américain William Phelps Eno est souvent surnommé, à l’échelle internationale, le « père de la sécurité routière moderne », pour ses travaux précurseurs sur la régulation du trafic urbain. Il publie en 1909 à New York un ouvrage de référence, Street Traffic Regulation, qui pose les bases théoriques de nombreux principes encore utilisés aujourd’hui dans la gestion de la circulation, comme le sens unique, les passages piétons ou les refuges de chaussée.
Ses théories firent une telle autorité que les instances chargées de la réglementation de la circulation à Londres et à Paris firent appel à ses services avant 1914, alors que ces grandes capitales s’engageaient elles aussi dans leur propre processus d’automobilisation. À Paris, la presse le surnomma d’ailleurs avec humour le « grand circulateur », et il obtint le grade de chevalier de la Légion d’honneur en 1925 pour sa contribution à la réflexion française sur ce sujet. Il convient toutefois de distinguer clairement sa contribution, plutôt théorique et internationale, de la rédaction du texte légal français lui-même, portée par des figures nationales comme Perrigot puis Le Trocquer.
Une fois ce cadre réglementaire posé, une question complémentaire se pose naturellement : quand le fameux permis de conduire, indissociable du code de la route, a-t-il pris sa forme définitive ?
Quand le permis de conduire est-il apparu en France ?
Le « certificat de capacité » instauré par Louis Lépine en 1893 constitue le tout premier ancêtre du permis de conduire, mais c’est en 1922, dans la foulée du décret fondateur de 1921, que le fameux permis de conduire rose remplace définitivement l’ancien certificat de conduite. Ce document, dont la couleur rose deviendra emblématique pendant des décennies avant sa disparition progressive au profit du format carte plastifiée actuel, structure alors officiellement l’accès à la conduite automobile en France.
Il faudra ensuite attendre 1954 pour voir apparaître les premières véritables catégories de permis (A1, A, B, C, D, E, F), qui distinguent enfin les différents types de véhicules, chacun avec ses propres exigences. Cette même année, la vitesse est également limitée à 60 km/h en ville pour les automobiles et motocyclettes, une limitation qui semble bien étrange comparée aux 50 km/h actuels, plus restrictifs sur ce point précis qu’à l’époque.
Puisque le permis et le code sont aujourd’hui indissociables dans le parcours de tout candidat, une dernière question mérite d’être posée : depuis quand faut-il réellement prouver sa connaissance du code pour obtenir le permis ?
Quand l’examen du code est-il devenu obligatoire pour obtenir le permis ?
C’est seulement en 1957 que l’obtention préalable d’un examen théorique, avec des questions posées oralement par un examinateur pour vérifier la connaissance du code de la route, devient officiellement obligatoire pour accéder au permis de conduire. Avant cette date, la vérification des connaissances théoriques restait beaucoup moins formalisée qu’aujourd’hui, la pratique de la conduite elle-même occupant l’essentiel de l’évaluation des candidats.
Ce changement de 1957 marque une étape charnière dans la professionnalisation de l’enseignement de la conduite, puisque le tout premier diplôme officiel d’enseignant de la conduite voit lui-même le jour en 1958, à peine un an plus tard, structurant enfin le métier que j’exerce moi-même aujourd’hui depuis quatorze ans à Lyon. Cette double naissance, celle de l’examen théorique obligatoire et celle du diplôme de moniteur, n’est évidemment pas un hasard de calendrier : les deux évolutions répondaient au même besoin d’un enseignement de la conduite plus rigoureux et mieux encadré.
Pour finir, voyons comment ce code de la route, né en 1921, a continué d’évoluer jusqu’à aujourd’hui.
Comment le code de la route a-t-il évolué depuis 1921 ?
Le code de la route n’a jamais cessé d’être révisé depuis sa création officielle, avec une nouvelle version publiée dès le 20 août 1939, puis de nombreuses refontes successives au fil des décennies, accompagnant l’essor massif de l’automobile après la Seconde Guerre mondiale. Le format moderne du code, aujourd’hui consultable en accès libre sur Légifrance, se structure en une partie législative (articles préfixés par la lettre L) et une partie réglementaire (articles préfixés par la lettre R), classées en livres, titres, chapitres et sections.
Plus récemment, les réformes de 2016 puis de septembre 2023 ont considérablement modernisé le contenu et la forme de l’épreuve théorique elle-même, sans pour autant modifier les grands principes hérités de ce décret fondateur de 1921. D’une simple brochure de 5 pages rédigée par un avocat vosgien passionné d’automobile, le code de la route est ainsi devenu un ensemble de plusieurs volumes et de milliers d’articles, reflet direct d’un siècle entier de transformation du rapport des Français à la route.
Pour tester ce que vous avez retenu de cette histoire, voici un petit quiz.
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Quelques questions reviennent souvent sur ce sujet, voici les réponses.
Questions fréquentes
Le code de la route existait-il avant l’apparition de la voiture ? Sous une forme très différente, oui : des règles de circulation existaient déjà pour les véhicules hippomobiles, notamment via la loi de 1851 sur la police du roulage. Ce n’est bien sûr qu’avec l’essor de l’automobile, à partir des années 1890, que ces règles ont commencé à ressembler à ce que nous connaissons aujourd’hui.
Pourquoi roule-t-on à droite en France ? Cette règle remonte à 1804, lorsque Napoléon Bonaparte rend obligatoire la circulation à droite de la chaussée, une pratique qui ne concernait auparavant que Paris. Le décret fondateur de 1921 viendra ensuite valider définitivement cette règle à l’échelle nationale, pour tous les types de véhicules.
Quand les premiers panneaux de signalisation sont-ils apparus ? Les tout premiers panneaux français, au nombre de quatre types différents, ont été installés au début du XXe siècle sur la route reliant Paris à Trouville-sur-Mer, annonçant croisements, virages, passages à niveau et cassis. Ils préfigurent la signalisation routière moderne, considérablement enrichie depuis.
Le « code de la route » de Jules Perrigot était-il un texte officiel de loi ? Non, il s’agissait d’un texte privé, rédigé par un particulier passionné d’automobile et adopté volontairement par des associations d’automobilistes, sans aucune force légale contraignante à l’époque. Il faudra attendre le décret du 27 mai 1921 pour obtenir un premier texte réellement officiel et applicable à l’ensemble du territoire national.
Depuis quand le métier de moniteur auto-école existe-t-il ? Le tout premier diplôme officiel d’enseignant de la conduite voit le jour en 1958, un an après que l’examen théorique du code soit devenu obligatoire pour l’obtention du permis. C’est cette même filière, considérablement enrichie depuis, qui m’a personnellement formé avant de devenir moniteur BAFM à Lyon.

Je m’appelle Antoine, j’ai passé 14 ans derrière le volant côté passager, à Lyon, où j’ai formé plus de 600 élèves au permis B. Diplômé BAFM (Brevet pour l’Exercice de la Fonction de Formateur), j’ai exercé dans deux auto-écoles du 3ème arrondissement avant de me spécialiser dans l’accompagnement des élèves en difficulté et la conduite accompagnée.
Aujourd’hui reconverti dans la rédaction, je mets à profit mon expérience du terrain pour partager des conseils concrets sur la conduite, la réglementation, l’entretien auto et la sécurité routière. Ma pédagogie de moniteur transparaît dans chaque article : des explications claires, sans jargon inutile, et toujours orientées vers du contenu applicable.
Passionné de mécanique depuis l’adolescence (je retapais déjà des mobylettes avec mon père), je continue de bricoler sur ma propre voiture le week-end et je suis de près l’actualité automobile, notamment l’évolution des motorisations électriques et hybrides.


